Il est prématuré d'apprécier d'une façon factuelle les impacts de la crise
mardi 12, mai 2020
Partout dans le monde, depuis le début de la crise sanitaire, les banques sont exposées à plus de risques. La dernière évaluation de l’agence de notation financière S&P en fait état pour le secteur bancaire tunisien. Hichem Rebai, DG de la BH Bank, livre sa lecture de la situation et des enjeux pour la banque. Le secteur bancaire et la gestion du risque n’ont pas de secret pour lui. Et pour cause, avant d’être à la tête de la BH Bank, il était adjoint au directeur général de l’UIB, pendant plus d’une décennie, en charge notamment des activités de crédit, de suivi et surveillance des risques de contreparties, des risques opérationnels et de marché. À ce titre, il a une conscience aiguë de la situation du secteur bancaire par gros temps.
La crise sanitaire inédite du COVID-19 est clairement d'une violence exceptionnelle. Bien évidemment, à l'échelle internationale, les impacts économiques, sociaux et financiers seront d'une ampleur imprévisible. Il est clair qu’à la suite de l’arrêt brutal, systémique et global de l'activité économique, les dégâts collatéraux attendus seront colossaux. J’oserai même dire que prétendre gérer les retombées dans le temps comme celles des crises financières ou économiques précédentes serait un raccourci abusif aussi simple que léger.
Dans le contexte tunisien, la situation qui a été accablée obéit au même diktat avec en plus un contexte d'avant COVID-19 économiquement difficile et des indicateurs macro demeurant tendus. Il n’en reste pas moins que nous ne pouvons ignorer la correction de quelques paramètres sous l'effet d'une baisse de l'inflation, du déficit budgétaire, de la stabilité du dinar et de la maîtrise du refinancement bancaire. C’est dire que jusqu'à fin 2019, en général l'activité bancaire n’affichait pas d'indicateurs de fragilité particulière. Les aspects de redressement stratégiques comme la concentration des banques, la convergence vers les normes internationales, la relance de l'investissement étaient déjà inscrits dans la feuille de route du régulateur et des autorités.
Les impacts de la crise sanitaire du COVID-19 sur l'activité bancaire sont du reste mécaniques. À vrai dire, nul ne pouvait s'y soustraire. Au vu d’une croissance économique négative prévue pour 2020, d’une récession économique des pays de l'espace européen, de la décélération de la demande, le choc de l'offre et un ralentissement des investissements, l'activité bancaire ne peut qu’en être impactée.
Il n’en demeure pas moins que les effets seront différenciés selon le Business model de chaque banque. Ils dépendront du profil et des segments de sa clientèle, de ses expositions sectorielles ainsi que de son coût net de risque.