Covid-19: l’impact de la crise sera encore plus important que prévu
mercredi 17, juin 2020
L’étude a tenté d’estimer les impacts macroéconomiques et microéconomiques de la pandémie de Covid-19 sur l’économie tunisienne pour l’année 2020. Un focus particulier a été apporté à l’impact sur les MTPE en termes d’aggravation de leur fragilité, avec une approche par branche et par région. L’étude a également étudié l’impact de la crise sur les ménages en termes d’aggravation de la pauvreté monétaire et de dépenses alimentaires, d’éducation et de santé, ainsi qu’en termes d’inégalités de revenus.
Deux scénarios sont retenus pour l’estimation des impacts macroéconomiques : (1) scénario de référence ou scénario 0 (pré-Covid-19) qui se base sur le cadrage macroéconomique présenté dans la loi de finances 2020 avec un taux de croissance économique de 2,7% ; (2) scénario 1 post-Covid intégrant une baisse de l'offre des entreprises, une baisse de la demande des ménages (à l’exception de celle des biens alimentaires et d'hygiène), une baisse des investissements et une baisse de l’investissement public de 40% par rapport au scénario de référence.
La pandémie de COVID-19 entraînerait en 2020 une croissance économique de -4,4%, en comparaison avec une croissance initialement prévue dans le cadre de la loi de finances 2020, de 2,7%, sous le coup de plusieurs facteurs : (1) un choc d'offre dont l’impact est direct et négatif sur l’activité de plusieurs secteurs ; (2) une réduction de la demande des ménages du fait du confinement et de la baisse des revenus pour un grand nombre d’entre eux.
Les principales composantes de la demande globale subiraient également une baisse en 2020 : -4,9% pour l’investissement global, -8% pour la consommation des ménages, -8% pour les exportations. Du côté de l’offre, les importations baisseraient également de -9,6%.
Le confinement et la baisse de la production engendreraient, par ailleurs, une augmentation du taux chômage estimé à 21,6% contre 15% actuellement, soit près de 274 500 nouveaux chômeurs sur l’année 2020.
Au niveau des finances publiques, la récession économique prévue se traduirait par un ralentissement de la croissance de certains types d’impôts et une contraction d’autres, par rapport au scénario de référence : les impôts indirects progresseraient de +1,5% contre +11% initialement prévu dans la loi de finances 2020 ; l’impôt sur le revenu des personnes physiques de +1,4% contre +9,5% initialement prévu dans la loi de finances 2020 et l’impôt sur les sociétés de -6% contre +4,6% initialement prévu dans la loi de finances 2020.
Les secteurs d’activité les plus impactés par la crise sont les industries non manufacturières (-29% sur le chiffre d’affaires), le tourisme (-23% sur le chiffre d’affaires), le transport (-19,6% sur le chiffre d’affaires) et le textile (-17,7% sur le chiffre d’affaires). Les autres secteurs d’activité sont également impactés mais dans une moindre mesure. Le secteur des industries agroalimentaires, ou encore celui de l’enseignement, sont parmi les secteurs les moins impactés.
Les simulations montrent que le choc du Covid-19 accentue la fragilité financière de la majorité des microentreprises, en particulier celles opérant dans les secteurs du transport et entreposage, de l’hébergement et restauration ou encore dans le secteur du textile, habillement, cuir et chaussures.
Les simulations de l’impact du Covid-19 sur la vulnérabilité financière montrent de fortes disparités régionales mais différenciées selon le secteur d'activité. Les régions les plus impactées sont celles du Centre-Est, du Grand Tunis, du Nord-Est et du Nord-Ouest. Les MTPE les plus impactées du secteur textile, habillement, cuir et chaussures sont localisées dans le Nord-Est. Les MTPE les plus impactées du secteur hébergement et restauration se situent dans le Sud-Ouest et le Nord-Ouest.
Le taux de pauvreté monétaire passerait à 19,2% contre 15,2% actuellement, faisant basculer les revenus d'environ 475 000 individus en-dessous du seuil de la pauvreté monétaire et ce, en l’absence d’une intervention quelconque de l’État. Deux facteurs contribueraient à cette aggravation : i) une baisse des revenus par groupe de ménages et ii) une augmentation des prix des aliments de base.
Le taux de pauvreté monétaire extrême augmenterait également suite au choc du Covid-19, à 3,9% (contre 2,8% actuellement). La pandémie de COVID-19 augmenterait ainsi la pauvreté des catégories les plus démunies du fait de leur plus grande exposition, non seulement au risque sanitaire, mais également aux conséquences socio-économiques.
Du fait de la crise du Covid-19, le taux de pauvreté monétaire passerait de 15,5% à 19,7% pour les femmes et de 14,8% à 18,7% pour les hommes. Ce choc, non seulement risquerait d’anéantir tous les progrès réalisés sur les dix dernières années en matière de lutte contre la pauvreté, mais risque également d'accentuer la « féminisation » de la pauvreté.
La récession économique de -4,4% estimée pour 2020 accentuerait la pauvreté multidimensionnelle (estimée selon une approche monétaire) de 13,2% à 15,6% et ce, du fait des privations subies par les ménages pauvres, en considérant trois dimensions : (1) les dépenses alimentaires, (2) les dépenses de santé, et (3) aux dépenses d’éducation.
La crise du Covid-19 aggrave les inégalités de revenus, mais également les inégalités d’opportunités dans le sens où toutes les populations n’ont pas accès aux mêmes opportunités de financement, digitalisation, moyens de communication, etc. et sont donc exposées de manière différenciée à la Covid-19 et à ses effets négatifs.